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Témoignages d'entrepreneurs

Katy St-Laurent, fondatrice et présidente actuelle de KSL

Après une carrière fulgurante d'athlète de haut niveau (championne canadienne de cyclisme en 2002), Katy St-Laurent a créé KSL, une entreprise de vêtements de sport. Elle a remporté plusieurs prix liés à ses succès entrepreneuriaux dont le 1er Prix, catégorie Production, Exploitation et Transformation au Concours québécois en entrepreneuriat - région de Montréal (2008), ainsi que le Coup de coeur du Jury au concours L'entrepreneuriat au féminin - région de Montréal (2008).

Katy St-Laurent

Est-ce que vous avez des exemples de compagnies que vous avez créées et qui ont échoué et desquelles vous avez beaucoup appris?

Je n’ai pas d’exemple d’échec de compagnie à proprement parler. Il y a cependant eu des choix stratégiques qui se sont avérés moins bons que d’autres. Ces erreurs d’orientation peuvent être considérées comme des échecs : beaucoup d’énergie et d’argent ont été investis sans fournir les résultats escomptés.

Selon vous, quelles sont les raisons de ces échecs?

J’ai eu tendance à suivre les recommandations de personnes expérimentées qui voulaient travailler avec moi et qui me conseillaient de prendre des orientations stratégiques en contradiction avec les orientations que j’aurais prises sinon. Leurs recommandations, en général en accord avec les tendances de l’industrie, se sont en fait avérées dommageables pour mon entreprise.

Par exemple, dans l’industrie du vêtement, le modèle d’affaire le plus répandu consiste à envoyer des représentants qui vont présenter des collections aux détaillants et prendre des commandes en conséquence. Ces commandes vont ensuite être produites et livrées. J’ai d’abord suivi ce modèle d’affaire sur les conseils d’un certain nombre de personnes. Mais cela ne fonctionnait pas. Ce n’était pas le modèle d’affaire qu’il fallait à mon entreprise. Ce n’était d’ailleurs pas le modèle d’affaire que j’avais envisagé initialement. Aujourd’hui, j’ai changé le modèle d’affaire afin qu’il corresponde plus à ma propre vision. Je vends directement mes collections (au travers de soirées privées ou d’autres évènements de communication, par exemple). La production des vêtements ne se fait pas en fonction des commandes mais a lieu auparavant. Ce modèle d’affaire fonctionne bien, même si ce n’est pas la tendance générale de l’industrie. Je remarque cependant que de plus en plus d’entreprises commencent à d’adopter ce modèle d’affaire.

A quel moment, vous êtes-vous aperçues de cet échec? Qu'est-ce que qui vous en a fait prendre conscience?

Pendant 3 ans, je suis passée par des détaillants pour vendre mes collections. Cela ne fonctionnait pas. Finalement, j’ai décidé de vendre une de mes collections directement, au travers d’évènements sportifs notamment. C’est là où je me suis aperçue que cela fonctionnait beaucoup mieux. Donc c’est en expérimentant un nouveau modèle d’affaire que j’ai pris vraiment conscience de mes erreurs antérieures. C'est vraiment en faisant de tests « terrain ».

Aujourd'hui, avec le recul, qu'auriez-vous fait différemment?

J’aurais dû me faire plus confiance, faire plus confiance à mon intuition et maintenir les choix que j’avais pris initialement . Cela est parfois difficile, notamment quand toute l’industrie prend une direction contraire. Mais cela m’aurait permis d’éviter un certain nombre d’erreurs stratégiques.

Aujourd’hui, j’écoute mes mentors avec intérêt mais je n’applique pas forcément leurs conseils. Leurs conseils m’aident à peser les avantages et inconvénients de certaines décisions et à me faire une opinion sur des questions que je me pose. Mais au final, c’est moi qui prends réellement les décisions, selon mes valeurs, ma philosophie, et le positionnement que je souhaite pour mon entreprise.

Qu'avez-vous décidé de faire professionnellement après cet échec?

J’ai décidé de reprendre mon entreprise en main en révisant la stratégie commerciale et en suivant mes intuitions initiales.

Qu'avez-vous appris grâce à cet échec sur les facteurs clés de succès d'un projet entrepreneurial?

Cette expérience m’a fait prendre conscience à quel point il était important pour le succès d’un projet entrepreneurial de :

  • Savoir suivre ses intuitions et maintenir le cap stratégique que l’on s’est fixé au départ
  • Savoir écouter les avis d’autrui sans pour autant systématiquement les suivre

Qu'avez-vous appris sur vous-même?

L’importance de croire en soi, dans ses idées et intuitions !

J’ai toujours eu assez confiance en moi. Fondamentalement, je n’ai jamais douté que je n’y arriverai pas et cela m’a donné beaucoup d’énergie pour vaincre les difficultés. Mais, chacune des difficultés surmontées a encore accru cette confiance. Elles m’ont appris que j’étais encore plus forte que ce je ne l’imaginais! Après avoir fait face à des difficultés, je me suis souvent dit : « je ne pensais pas que j’étais aussi forte !».

Qu'avez-vous appris sur les relations humaines?

J’ai appris l’importance d’admettre ses difficultés et d’en informer les personnes avec lesquelles on travaille . Pendant les périodes difficiles, il faut être très clair, sincère et honnête avec ses fournisseurs et ses collaborateurs : leur expliquer la situation, leur présenter le plan d’action que l’on compte mettre en place, et les tenir au courant régulièrement de l’évolution de la situation !

C’est ce que j’ai fait. Le résultat a été que les gens qui travaillaient avec moi ont voulu continuer à travailler avec moi, malgré les difficultés que je traversais. Tout le monde a continué à croire en moi et à me faire confiance.

Plus généralement, je pense qu’admettre ses difficultés et en informer ses partenaires d’affaire permet de maintenir leur respect, leur confiance et souvent d’assurer leur soutien. A contrario, un manque de communication de la part d’un entrepreneur lors de situations difficiles (par exemple, lorsqu’un problème de liquidité survient et empêche de payer ses fournisseurs) risque fortement de décrédibiliser cet entrepreneur. Plus tard, si son entreprise repart, il aura du mal à retravailler avec ces mêmes fournisseurs. Il aura perdu une partie de leur confiance.

Comment cette expérience vous a-t-elle servi plus tard dans vos projets?

Aujourd’hui, cela me permet de dire « non » plus facilement à des personnes qui veulent m’aider dans mon entreprise. Cela me permet de maintenir le cap de mon entreprise. Cela permet aussi souvent de gagner le respect de certaines de ces personnes. En étant claire sur mes intentions, je ne fais perdre de temps à personne.

Quelle est l'attitude qu'un entrepreneur devrait adopter pour apprendre de ses échecs et les rendre profitables?

Pour apprendre de ses échecs, il faut d’abord:

  • Accepter de voir ses échecs ! Ne surtout pas faire « l’autruche » ! Savoir admettre et reconnaitre ses échecs est en effet fondamental pour pouvoir les dépasser. Mais cela est souvent difficile pour beaucoup de gens.
  • Puis, il faut voir le courage de prendre de front les problèmes. Ne pas essayer de les dissimuler ou de les minimiser, notamment auprès des personnes avec lesquelles ont travaille. Au contraire, il faut savoir admettre et communiquer sur ses échecs ou sur les difficultés que l’on rencontre.

Date de l’entretien : 7 mai 2013

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