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Témoignages d'entrepreneurs

Scott Simons, fondateur et président actuel d'Organik

Scott Simons a co-créé plusieurs organisations oeuvrant autour de problématiques sociales. Il a également fondé la compagnie Organik en 2007, compagnie offrant des activités, ateliers et conférences sur la santé et le mieux-être en milieu corporatif.

Scott Simons

Est-ce que vous avez des exemples de compagnies que vous avez créées et qui ont échoué et desquelles vous avez beaucoup appris?

J’ai beaucoup d’exemples. Si je devais en choisir un seul, je choisirais peut-être celui de la société Organik que j’ai créée en 2006. L’objectif d'Organik est d’apporter santé et mieux-être aux employés au sein des entreprises. De manière générale, ce sont des objectifs qui sont difficiles à vendre car il n’y a pas de retour sur investissements facilement observables et quantifiables.

A quel moment, vous êtes-vous aperçus de cet échec? Qu'est-ce que qui vous en a fait prendre conscience?

La première année a bien fonctionné. Nous avons fait près de 225 000$ de chiffre d’affaire. Puis il y a eu un changement de gouvernement avec Stephen Harper qui est arrivé au pouvoir. Or nous avions des projets dans le Grand Nord avec des Inuits. Le changement de gouvernement a mis fin a ces projets. Cela a impliqué une réduction brutale de notre chiffre d’affaire d’environ 65%. Puis en même temps, la récession est arrivée en 2008. Or, le premier poste de coût que les entreprises cherchent à réduire concerne généralement les services auprès des employés, comme par exemple les services permettant d’améliorer leur mieux-être et leur santé. Cette récession a constitué un obstacle très important qui m’a fait me questionner concernant ma motivation et mes capacités à apporter la santé dans les entreprises.

Ces difficultés n’ont pas mené à la fin de l’entreprise mais j’étais très proche à ce moment-là de la fermer, ce que j’ai finalement fait quelques années plus tard, 5 ans après l’avoir fondée. Entre temps, j’ai pensé la fermer au moins 300 fois . Mais à un moment, cela est devenu vraiment trop lourd pour moi. Financièrement, j’étais toujours en survie. Je ne savais pas si j’allais pouvoir me payer le mois qui suivait. Les contrats étaient très sporadiques. J’étais très dépendant de quelques grands clients, comme Desjardins. C’était trop pour moi. Cela faisait déjà le 4ème projet que je menais. Je commençais à être écœuré d’être toujours en mode survie après tout ce temps . Le mode « survie » peut parfois être très stimulant et productif. Mais là, ce n’était plus le cas, bien au contraire. Cela ne générait que du stress contre-productif. C’est cela qui a fait que j’ai fermé l’entreprise.

Mais au final, je ne l’ai fermé que 3 mois. En effet, 3 mois après l’avoir fermé, des clients m’ont rappelé. Ils ne savaient pas que j’avais fermé. Alors, je me suis dit qu’il y avait peut-être des chemins alternatifs : comme par exemple garder l’entreprise pour y travailler quelques heures par mois et avoir, par ailleurs, un travail salarié. En l’occurrence, j’ai trouvé un emploi dans une compagnie de produits nettoyants éco-responsables. Cette rentrée d’argent mensuelle a enlevé un poids de me épaules. Quant à Organik, je l’ai laissé un peu vivre d’elle-même. Je suis revenu à l’objectif principal qui est d’aider à améliorer la santé au sein des entreprises. Je me mets moins de pression également, notamment du fait que mon autre salaire me permet d’être moins dépendant des revenus d’Organik.

Selon vous, quelles sont les raisons de cet échec?

La raison était surtout financière. Car même si je gardais la passion, les difficultés financières étaient bien là. Or, l’argent est une source clé d’énergie (surtout peut-être en Amérique du Nord), énergie que je n’avais plus.

Aujourd'hui, avec le recul, qu'auriez-vous fait différemment?

Aujourd’hui, je pense que j’aurais dû prendre un emploi en parallèle bien plus tôt, peut-être dès le début. Par exemple, un emploi à temps partiel, 1 à 2 jours par semaine. Cela aurait aidé, à bien des égards, au développement de la compagnie et à mon propre bien-être.

  • Premièrement, cela aurait permis d’assurer une certaine sécurité financière.
  • Deuxièmement, cette sécurité financière m’aurait également permis d’être plus détendu. Plus largement, avoir un emploi en parallèle m’aurait aidé à prendre du recul par rapport à mon projet. Cela aurait été d’autant plus le cas si l’emploi salarié eut été déconnecté du cœur de métier de mon entreprise. Sans ça, tout tourne autour de l’entreprise, 7 jours sur 7, 24h sur 24h.
  • Troisièmement, cela m’aurait permis d’avoir une certaine forme de reconnaissance. En effet, ce qui a été très difficile pour moi en tant qu’entrepreneur travaillant seul, c’est que je n’avais pas cette reconnaissance. Je ne voyais pas forcément ce qui allait bien, ce que qui était positif. Par contre, je voyais toutes mes erreurs, et ce qui n’allait pas. Il n’y avait personne pour me montrer les aspects positifs de mon travail ou pour me donner un feedback constructif. Maintenant que je travaille pour quelqu’un d’autre, qui reconnait mon travail, mes idées, mes compétences : c’est le jour et la nuit.

Mais c’est vraiment le fait d’avoir un salaire en parallèle et une certaine sécurité financière qui m’ont permis de reprendre mon entreprise, et d’y réinvestir de l’énergie.

J’aurais dû le faire plus tôt mais mon égo n’était pas prêt pour ça. Peut-être par fierté, je voulais arriver au cap des « 5 ans », que tout le monde décrit comme un cap important. Je voulais qu’à ce moment là, mon entreprise soit devenue prospère. Finalement, je suis bien parvenu à maintenir mon entreprise pendant 5 ans. Mais cela a été comme un marathon. A la fin, j’étais épuisé. Je n’avais plus la force de courir, de grimper la côte qui suivait.

Enfin, je ne me lancerais plus jamais en affaire tout seul. Jamais, jamais! Etre au moins deux me parait essentiel pour pouvoir avoir du feeback constructif, faire des brainstormings efficaces, se motiver réciproquement, profiter des complémentarités de compétences...

Qu'avez-vous décidé de faire professionnellement après cet échec?

  • Prendre un emploi salarié …
  • Puis continuer en parallèle mais différemment mon projet entrepreneurial.

Qu'avez-vous appris grâce à cet échec sur les facteurs clés de succès d'un projet entrepreneurial?

Un des facteurs qui me parait clé pour tout projet entrepreneuriat est la santé : la santé de l’entrepreneur et la santé de l’équipe… Ensuite, si l’équipe va bien, je pense que presque n’importe quel projet peut fonctionner.

Qu'avez-vous appris sur vous-même?

J’ai appris à lâcher prise. Avant, je disais souvent que « oui, oui, je lâche prise ». Mais en fait, je ne lâchais pas vraiment prise. C’est juste au moment où j’ai vraiment décidé de fermer l’entreprise que j’ai réussi à lâcher prise… et que l’entreprise a finalement pu prendre son envol ! Avant, j’étais un peu comme un père qui veut tout contrôler pour son enfant, et qui, par là-même, empêche son enfant de se développer … Ce qui alimente évidemment l’angoisse du père, et entretient un cercle vicieux.

J’ai également appris à relativiser, à voir qu’il y avait d’autres projets qui peuvent être intéressants. Enfin, j’ai appris à me détendre et à avoir plus confiance dans le processus. Il y a de forte chance que de bonnes graines semées aux bons endroits poussent à un moment où l’autre !

Qu'avez-vous appris sur les relations humaines?

J’ai été très impressionné à quel point les gens avec qui je travaillais (mes clients et mes sous-traitants, par exemple), et mon entourage ont respecté mes décisions. Lorsque j’ai décidé de fermer l’entreprise, tous savaient que cela était une décision très importante et lourde de sens pour moi. Ils ont tous respecté cette décision. En fait, je pense avoir obtenu plus de respect de leur part en prenant cette décision-là qu’en essayant de maintenir l’entreprise en vie. De même, lorsque j’ai décidé de ré-ouvrir l’entreprise, je me suis senti compris. C’était une décision qui n’était pas non plus facile à annoncer. Mais dans le fond, j’ai compris que les gens respectent toute décision si elle est prise et communiquée avec authenticité et honnêteté.

Comment cette expérience vous a-t-elle servi plus tard dans vos projets?

Aujourd’hui, l’entreprise redémarre, plus forte que jamais. J’ai des nouveaux clients, l’argent rentre.

Quelle est l'attitude qu'un entrepreneur devrait adopter pour apprendre de ses échecs et les rendre profitables?

La première chose pour un entrepreneur, c’est de ne pas penser en termes d’ « échec » mais d’apprentissage.

La deuxième chose, c’est d’être flexible. Certes, il est important de persévérer en tant qu’entrepreneur, mais être flexible est tout aussi fondamental. Avoir un partenaire d’affaire peut être très utile dans ce cadre-là. Cela peut permettre de prendre du recul et d’identifier les situations où la persévérance versus la flexibilité est préférable.

Enfin, écrire peut également être très important. Par exemple, écrire chaque jour ce qui s’est bien passé, ce qui s’est moins bien passé, les difficultés que l’on a rencontrées, les leçons que l’on a apprises… Cela permet d’analyser la journée et de se vider de ses émotions.

Date de l’entretien : 29 avril 2013

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