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Témoignages d'entrepreneurs

Mariouche Gagné, fondatrice et présidente actuelle de Harricana

Mariouche Gagné a fondé Harricana, une compagnie spécialisée dans les vêtements de luxe faits à partir du recyclage de matières nobles. Elle a remporté plusieurs prix, comme le Prix Femmes de mérite dans la catégorie Entrepreneuriat en 2008, (prix décerné par la Fondation Y des Femmes), ainsi que le Prix Madeleine Dansereau en 2003 en tant que meilleure entreprise en exportation, dans la catégorie métiers d'art.

Mariouche Gagné

Est-ce que vous avez des exemples de compagnies que vous avez créées et qui ont échoué et desquelles vous avez beaucoup appris?

J’ai toujours eu le même projet depuis près de 20 ans, c’est-à-dire travailler la fourrure et faire des vêtements d’éco-luxe. Mais j’ai eu deux compagnies. Dans la première compagnie, j’avais un associé. Cela ne s’est pas bien passé du tout entre nous. J’ai dû réincorporer l’entreprise le temps que l’on règle nos tensions. La première erreur importante que j’ai donc faite a été de m’associer avec une mauvaise personne. Mon autre erreur a été que je lui avais vendu 50% de mon entreprise. Nous avions donc chacun 50% des parts. Personne ne pouvait donc prendre de décision. Je ne pouvais pas fermer l’entreprise sans un commun accord.

A quel moment, vous êtes-vous aperçues de cet échec? Qu'est-ce que qui vous en a fait prendre conscience?

Je me suis aperçue que je m’étais associée avec la mauvaise personne rapidement, après environ 6 mois. J’ai définitivement rompu le pacte d’associé au bout d’1 an.

Je me suis aperçue que je m’étais associée avec la mauvaise personne en constatant nos différences de valeurs. Ce n’était pas quelqu’un pour qui les valeurs écologiques de mon entreprise étaient importantes, ce n’était pas quelqu’un pour qui les valeurs humaines étaient importantes. La conclusion était donc assez rapide.

Mais ce qui m’a fait définitivement prendre la décision de rompre notre pacte d’associé, c’est lorsqu’il m’a avoué qu’il ne voulait pas me garder dans l’entreprise et qu’il voulait mettre sa femme à ma place !

Selon vous, quelles sont les raisons de cet échec?

Mon entreprise triplait de volume tous les 6 mois. Je pensais alors que j’étais obligée de trouver quelqu’un avec plus d’argent que moi et avec plus d’expérience. Je pense aujourd’hui que mon réflexe d’aller chercher quelqu’un de plus riche et de plus expérimenté était bon. Cependant, je n’avais pas l’expérience pour sélectionner la bonne personne. Je ne savais tout simplement pas comment choisir mon associé, quels critères adopter. Je n’avais ni l’expérience et ni la confiance en moi pour poser les bonnes questions . J’ai fait la transaction trop vite.

Aujourd'hui, avec le recul, qu'auriez-vous fait différemment?

Aujourd’hui, si c’était à refaire, j’aurais premièrement cherché des personnes pour me conseiller. J’aurais d’abord mis en place un comité consultatif. Je me serais entourée d’un petit groupe de personnes plus expérimentées que moi qui m’auraient coachée et aidée à choisir mon associé. Ces personnes auraient pu, par exemple, rencontrer cet associé. Après lui avoir posé quelques questions seulement, je suis certaine qu’ils auraient compris que ce n’était pas le bon choix.

Deuxièmement, j’aurais essayé de travailler auparavant avec cette personne-là avant que de lui proposer d’être actionnaire de mon entreprise. Je pense que souvent les meilleures associations sont souvent celles qui résultent d’un processus graduel, c’est-à-dire des gens qui ont commencé par travailler ensemble sur des projets plus courts avant de s’engager dans des contrats d’actionnaire.

Qu'avez-vous décidé de faire professionnellement après cet échec?

Après avoir rompu le pacte d’actionnaire, j’ai décidé de développer l’entreprise moins vite mais de le faire avec mes propres fonds et avec ceux obtenus auprès de divers organismes. J’ai ainsi obtenu une bourse de la Fondation du maire de Montréal, ainsi qu’un prêt de 130 000$. J’ai également décidé de limiter les coûts. Pour cela, j’ai décidé d’arrêter de fabriquer les vêtements et de sous-traiter la production. Cela permettait une plus grande flexibilité et une meilleure adaptation des coûts à l’activité saisonnière de l’entreprise. Par ailleurs, j’ai décidé de moins exporter et de concentrer les efforts commerciaux sur le Canada afin de limiter les frais d’exportation et de bâtir une base de clients solide.

Qu'avez-vous appris grâce à cet échec sur les facteurs clés de succès d'un projet entrepreneurial?

Je pense qu’il ne faut jamais commencer sa propre entreprise directement après ses études. Il vaut mieux commencer par aller chercher au moins 5 ans d’expérience de travail au sein d’une entreprise. Cela permet de faire des erreurs et de se former grâce à l’argent d’autres personnes ! Cela permet également de bâtir un réseau de contacts, qui sinon, peut prendre du temps à construire. Je conseille donc à tous les étudiants, même s’ils ont les idées les plus géniales, de mettre leurs belles idées dans des enveloppes, de fermer l’enveloppe, de laisser l’enveloppe de côté pendant au moins 3 ans avant de la rouvrir et de se lancer en affaire.

Par ailleurs, comme tout le monde me l’avait déjà dit à l’époque, je pense qu’il ne faut surtout pas s’associer avec ses amis ou des personnes sans avoir eu la chance de travailler avec elles sur quelques projets antérieurs.

Qu'avez-vous appris sur vous-même?

Cet échec-là ne m’a pas directement appris beaucoup de choses sur moi-même. Toutefois, il m’a fait prendre conscience que je manquais d’expérience et m’a incité à suivre des formations pour combler ce manque d’expérience. C’est alors durant ces formations que j’ai appris à mieux me connaître, notamment grâce à des formations en psychologie et en ressources humaines. Là, j’ai compris que j’avais une personnalité qui était bonne en tant qu’entrepreneur car j’étais très orientée vers l’action et que je n’avais peur de rien. J’ai également compris que j’avais besoin de m’entourer de personnes qui étaient plus dans la réflexion et dans l’anticipation des risques que moi.

Quelle est l'attitude qu'un entrepreneur devrait adopter pour apprendre de ses échecs et les rendre profitables?

Il me semble très important de savoir prendre de véritables temps de pause afin de pouvoir prendre du recul : faire, par exemple, de la méditation, du sport ou d’autres activités qui obligent à effacer le quotidien de son esprit. Ces moments de pause aident ensuite à se concentrer sur les grands enjeux et à ne pas se laisser déborder par les petites préoccupations annexes. C’est important de ne pas être dans l’action tout le temps.

Par ailleurs, je pense qu’il est également très utile de s’entourer de personnes qui nous connaissent bien et qui ont plus d’expérience que nous afin de nous aider à analyser nos propres échecs.

Mais de manière générale, je pense qu’il ne faut pas seulement se limiter à analyser les échecs. Il faut également prendre le temps d’analyser ses succès afin d’augmenter les chances de les reproduire !

Date de l’entretien :11 novembre 2013

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