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Témoignages d'entrepreneurs

Geneviève Grandbois, fondatrice et présidente actuelle de Chocolats Geneviève Grandbois

Geneviève Grandbois a fondé les chocolateries La maison Cakao puis Chocolats Genevieve Grandbois.

Geneviève Grandbois

Est-ce que vous avez des exemples de compagnies que vous avez créées et qui ont échoué et desquelles vous avez beaucoup appris?

Un an et demi ou deux ans après avoir créé une première boutique de chocolats, La maison Cakao, j’ai décidé d’ouvrir une deuxième boutique sur la rue St Denis. Cela s’est avéré être un véritable échec. Les ventes étaient très faibles. J’ai donc fermé cette boutique, et peu après, j’ai décidé de vendre l’entreprise.

A quel moment, vous êtes-vous aperçues de cet échec? Qu'est-ce que qui vous en a fait prendre conscience?

J’ai décidé de fermer cette deuxième boutique moins de deux mois après son ouverture. Je me suis en effet aperçue très rapidement de l’échec de cette boutique. Les chiffres étaient particulièrement bas, sans comparaison avec ceux de la première boutique que j’avais ouverte. Cette deuxième boutique faisait environ 10% du chiffre d’affaire de la première boutique, et avait un loyer qui atteignait plus du double. Par ailleurs, j’ai rapidement pu observer que les gens ne remarquaient pas notre boutique. Or, dans le commerce au détail, la localisation est primordiale. Malgré le nombre important de piétons sur la rue St Denis, personne ne rentrait. Certaines personnes n’arrivaient pas à trouver la boutique, alors même qu’ils avaient l’adresse !

Selon vous, quelles sont les raisons de cet échec?

Il y a plusieurs raisons qui se situent à différents niveaux d’analyse:

  • Tout d’abord, la localisation de la boutique était tout simplement mauvaise. Les gens ne nous voyaient pas. J’avais été séduite par la beauté du local. Mais le local était reculé et situé à un endroit qui ne paraissait pas être commercial. Les passants ne s’y arrêtaient donc pas.
  • Par ailleurs, j’explique cet échec par le fait, qu’à l’époque, je n’écoutais pas les conseils que l’on me donnait. Je préférais suivre ce que j’avais envie de faire. Concrètement, à l’époque, j’avais déjà la chance d’avoir un mentor. Mais je ne l’ai pas écouté bien qu’il m’ait averti des risques de cette localisation.

Aujourd'hui, avec le recul, qu'auriez-vous fait différemment?

J’écouterais plus les conseils que l’on donne! Et je prendrais plus mon temps !

Qu'avez-vous décidé de faire professionnellement après cet échec?

La fermeture de cette deuxième boutique m’a beaucoup attristée et démotivée. Cet évènement signifiait que je devais retourner à ma chocolaterie de quartier, c’est-à-dire à ma première et unique boutique. Or, ce n’était pas ce dont j’avais envie en tant qu’entrepreneur. En tant qu’entrepreneur, j’avais envie de créer de nouveaux produits, de lancer de nouveaux concepts, et d'ouvrir de nouvelles boutiques. J’avais envie de faire grandir mon entreprise, de relever de nouveaux défis.

Cette fermeture a donc accéléré ma réflexion. Quelques mois après, j’en suis venue à la conclusion que je n’étais pas heureuse avec l’entreprise que j’avais créée. En effet, ma chocolaterie était tellement petite que je ne pouvais pas engager d’employés. J’étais donc obligée d’être présente tout le temps. Or, j’avais un enfant et je me sentais constamment tiraillée entre mon rôle de mère et mon rôle d’entrepreneur. De plus, je me sentais limitée dans mes projets. J’avais seulement le temps de gérer le quotidien. Je n’avais ni le temps, ni les moyens, ni l’espace pour mettre en œuvre mes nouvelles idées. J’ai donc décidé de vendre la première chocolaterie que j’avais créée.

Après avoir vendu cette chocolaterie, je n’envisageais pas en fonder une autre. Je pensais que je n’aimais pas cela, que cela ne me convenait fondamentalement pas. J’avais alors un autre rêve qui était de faire des films. J’ai donc scénarisé, réalisé et produit mon premier court-métrage. Je voulais essayer cette voie-là afin de savoir si elle me plaisait plus. Mais j’ai vite pris conscience que ce n’était pas non plus ce travail-là dont j’avais envie. Je me suis aperçue que je n’aimais pas gérer les aspects techniques ainsi que les grandes équipes, lors des tournages par exemple. Gérer une petite équipe me convenait beaucoup mieux.

Chacune de ces expériences m’a donc permis de mieux comprendre qui j’étais et ce que j’avais envie de vivre.

C’est suite à ces deux expériences-là que j’ai commencé à avoir les idées claires concernant ce que je voulais faire. Travailler le chocolat : oui, mais de manière différente de ce que j’avais pu faire jusqu’alors. Je voulais créer une entreprise qui serait d’amblée plus grande que celle que j’avais créée lors de ma première expérience. Je ne voulais plus être indispensable au quotidien. Je voulais pouvoir me concentrer sur ce que j’aimais faire, c’est-à-dire créer des chocolats, inventer, développer, et communiquer.

Qu'avez-vous appris grâce à cet échec sur les facteurs clés de succès d'un projet entrepreneurial?

Ma première expérience d’entreprise m’a appris qu’il était essentiel de bien se connaitre et d’orienter son projet entrepreneurial afin qu’il réponde à ses aspirations les plus profondes. Il est clé de savoir qui l’on est, ce que l’on a envie de vivre, et ce qui est important pour nous. En même temps, il est nécessaire de fonder son projet d’affaire sur une passion qui nous fasse vibrer.

Ces deux éléments (la connaissance de soi et la passion au cœur du projet entrepreneurial) me semblent en effet fondamentaux à tout entrepreneur afin qu'il puisse consacrer l’énergie nécessaire à son projet et à faire face aux différentes épreuves qu’il rencontrera, en étant suffisamment heureux et épanoui pour poursuivre et persévérer.

De plus, une bonne compréhension de soi et une vision claire de ce que l’on souhaite pour son entreprise permettent d’être plus ouverts et à l’écoute des conseils des personnes qui nous entourent. En effet, il est plus facile d’entendre les commentaires d’autrui, de les accepter, et de les intégrer afin d’enrichir ses décisions une fois que l’on est sûr de ce que l’on ressent et de la direction que l’on souhaite faire prendre à son entreprise. L’échec de la deuxième boutique m’a justement appris l’importance d’être ouvert aux conseils des autres. Cela ne signifie pas qu’il faille suivre ce que tout le monde conseille de faire. Cela signifie simplement « porter attention » aux conseils d’autrui. Aujourd’hui, je m’intéresse beaucoup aux opinions des gens qui m’entourent. Je suis prête à changer d’idée.

Qu'avez-vous appris sur vous-même?

Cet échec et ma déception face à ce nouveau projet qui a si vite avorté m’ont aidé à prendre conscience de ce que j’aimais faire et de ce que j’aimais moins. J’aimais créer, inventer, développer, communiquer. J’aimais beaucoup moins répéter les mêmes tâches, gérer le quotidien. Cela m’a donc permis de mieux me connaître en tant qu’entrepreneur, et de mieux savoir ce dont j’avais envie.

Qu'avez-vous appris sur les relations humaines?

Il me semble important d’ avoir une vision claire de son rôle et de son projet pour apprécier gérer les ressources humaines et être capable de bien le faire. Tant que je n’étais pas à l’aise avec mon rôle de propriétaire d’entreprise, je n’étais pas non plus à l’aise dans la gestion des ressources humaines. Lors de ma première expérience avec la maison Cakao, la gestion des ressources humaines était ce que je trouvais le plus difficile. Je me sentais obligée de jouer un rôle, celui du patron, rôle que je ne connaissais pas. Cela ne me convenait pas. Premièrement, j’étais très jeune, donc je manquais quelque peu de crédibilité. Deuxièmement, je n’osais pas mettre de limite à mes employés, notamment parce que je travaillais souvent avec des gens à qui j’étais liée d’amitié. Or maintenant que je sais où je veux aller et comment je veux y aller, je parviens à mieux faire la part des choses entre mes responsabilités et mes relations. Je peux être moi-même et je n'ai plus l’impression d’endosser un rôle qui me serait étranger. Je me rends alors compte de la chance que j’ai d’avoir un projet auquel de nombreuses personnes contribuent. Je parviens également à mettre des limites, à dire à mes employés ce qui me convient et ce qui ne me convient pas.

Comment cette expérience vous a-t-elle servi plus tard dans vos projets?

Ma première expérience entrepreneuriale de chocolaterie m’a permis d’avoir une vision beaucoup plus claire de ce que je voulais pour ma nouvelle entreprise, en ce qui concerne son positionnement et ses produits (ex : quel type de chocolat, de boutique, de présentation). Elle m’a également permis de mieux savoir quel rôle je souhaitais avoir dans cette entreprise-là. Concrètement, pour ma nouvelle chocolaterie, je voulais bâtir une entreprise beaucoup plus grande que la première. Je voulais une entreprise qui puisse se développer continuellement, notamment à l’international. Je souhaitais également pouvoir me concentrer sur ce que j’aimais faire, c’est-à-dire créer des chocolats, inventer, développer, et communiquer. Je ne voulais plus être indispensable au quotidien.

Quelle est l'attitude qu'un entrepreneur devrait adopter pour apprendre de ses échecs et les rendre profitables?

Selon moi, il s’agit tout d’abord de considérer que devenir entrepreneur nécessite une formation et des frais de scolarité associés. Ces frais de scolarité, ce sont les difficultés que l’on traverse. Cela ne sert donc à rien de payer ces frais sans rien en retirer. Chaque embuche doit nous servir à apprendre quelque chose, et idéalement le plus possible. Par exemple, si quelque chose ne va pas avec un employé, j’essaie de cerner l’ensemble des raisons : je ne me limite pas aux raisons relatives à l’employé, mais j’essaie également d’identifier les raisons liées à la relation que j’entretiens avec lui et à mon propre comportement, afin de déceler ce que je pourrais améliorer et ce que j’aurais pu faire différemment. Il est par exemple possible que l’employé n’ait pas été suffisamment encadré au début, ou que la manière dont il a été encadré ne correspondait pas à son niveau d’autonomie. Il me parait alors fondamental de regarder les problèmes en face, de se responsabiliser, et d’accepter de reconnaitre ses erreurs afin d’identifier ses axes d’amélioration.

Date de l’entretien : 6 novembre 2013

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